Le gouvernement japonais vient d'approuver un projet de loi de lutte contre le suicide, afin réduire le taux de suicide de 20% d'ici 10 ans. Le Japon a un des plus forts taux de suicide du monde industrialisé (24,1 pour 100 000 habitants). A titre de comparaison, on compte en France environ 19 suicides pour 100 000 habitants.
Le projet de loi prévoit la création d'un système d'aide et de conseil à ceux qui ont perdu leur emploi ou qui se trouvent en situation de surendettement, aux personnes atteintes de dépression, ainsi qu'un soutien psychologique à ceux qui ont déjà tenté de se suicider et à leurs proches.

“JIKETU” : LE SUICIDE
Calligraphie de Kyoko Mori, Courrier International
Or au Japon, le suicide n’a jamais été un acte interdit, répréhensible, honteux ni même négatif comme ca a pu l’être en occident. Lors d'un sentiment d'obligation ou de dette ne pouvant être acquittée, les sentiments de l'indignité et de la honte s'installent. La seule issue honorable est alors le suicide. C'est un suicide par autopunition pour la dette que l'on doit à la société. Ainsi le couple de fermiers de la préfecture de Kyoto à l’origine de la rapide prolifération de la grippe aviaire dans la région en mars 2004, s’est suicidé après que les doutes émis par les autorités et la pression des médias sur leur bonne foi aient été trop forts.
A l’origine, le « seppuku » (切腹) désigne le suicide rituel et honorable, et signifie littéralement s’ouvrir le ventre. On connait en occident son terme argotique « hara-kiri » qui s’écrit avec le même kanji mais en ordre inverse (腹切り). Traditionnellement, il se fait dans un temple devant temoins en s'ouvrant l'abdomen avec un tantō (sabre japonais le plus court), ce qui libère l'âme. La pratique du seppuku est indissociable du Bushido, le code d'honneur du guerrier, qui insiste sur sa finalité propre : la mort. Celle-ci ne doit en aucun cas trahir les valeurs morales qui sont celles du samouraï ; aussi la pratique du seppuku est-elle codifiée très précisément. Si cette forme de seppuku volontaire a été idéalisée et admirée, le seppuku était en pratique souvent obligatoire, sentence d’un acte répréhensible su samouraï disgracié.

Les femmes ont leur propre rituel, jiigai. Ces jambes sont attachées afin de garder une posture décente dans la mort.
Le premier occidental à avoir assisté à cette forme de suicide rituel était français, à la suite de l’incident « Sakai » de 1868. Le 15 février, 11 marins français du navire Dupleix sont entré dans la ville Sakai sans autorisation, provoquant la panique. Alors que les autorités tentaient de les faire retourner à leur bâtiment, une rixe éclatât, durant laquelle ils furent tous abattus. Les français ont obtenu en réparation 15'000 yens et le seppuku des responsables. Le capitaine du navire présent à l’exécution, fut si choqué par la macabre pratique qu’il invoqua le pardon, sauvant la vie de 9 samouraïs.
Le seppuku en tant que châtiment légal a officiellement été aboli en 1873, au début de l’ère Meiji. Depuis on compte de nombreux cas de seppuku, notamment parmi les militaires des qu’il y a défaite (jusqu'à la 2nde guerre mondiale), ou en 1970 celui de l’écrivain Mishima.
par Nasrine
publié dans :
Societe
0
recommander